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Couple & familleCélestin8 min de lecture
Un officiant conduit la cérémonie devant les mariés, entourés de compositions jaunes
Crédit : Joshua J. Lewis / Pexels
Couple & famille

Le discours de mariageComment on l'écrit et comment on tient debout

Je chronomètre les discours. Depuis 2009, discrètement, au fond de la salle, avec la montre que je regarde de toute façon toute la journée. Ce n'est pas de la manie, c'est de la documentation : au bout de quelques centaines de mariages, je peux vous dire à peu près quand une salle décroche. C'est entre la quatrième et la cinquième minute. Toujours au même endroit.

Par Evelyne Marchand8 min de lectureGuide de fond

Ce que je vois ensuite est presque comique. Les gens ne partent pas, ils sourient encore. Mais ils regardent leur verre, un enfant se lève, une conversation reprend au bout d'une table, et l'orateur accélère et parle plus fort sans savoir pourquoi. Ce n'était pas un mauvais discours : il était trop long de trois minutes.

La durée n'est pas négociable

Quatre minutes. Cinq si vous êtes vraiment bon et que le texte est écrit.

Quatre minutes, c'est environ cinq cents mots. Une page A4 en Times 12, interligne simple. C'est beaucoup moins que ce que vous croyez, et c'est bien plus que ce dont vous avez besoin.

Le seul moyen fiable de tenir cette durée, c'est de lire son texte à voix haute avec un chronomètre, deux fois, une semaine avant. Pas dans sa tête : à voix haute. Un texte lu mentalement va deux fois plus vite qu'un texte prononcé : devant cent personnes, on respire, on marque les silences, on attend les rires. Comptez trente pour cent de plus que votre lecture d'essai.

Et si vous êtes plusieurs à parler (et vous serez plusieurs), la vraie règle est celle-ci : le total compte plus que l'unité. Quatre discours de quatre minutes, c'est seize minutes de salle assise, et c'est déjà la limite. Six intervenants, c'est près d'une demi-heure : un service qui refroidit et une piste qui démarre mal.

Sur le mariage d'Anne-Sophie et Paul, cent trente personnes, nous avions cinq prises de parole prévues. J'en ai déplacé deux au brunch du lendemain midi. Personne ne s'est plaint, et les deux personnes concernées ont eu une écoute bien meilleure, avec quarante personnes autour d'elles et un verre à la main. Le bon critère n'est pas de faire parler tout le monde, c'est de choisir le moment où chacun sera écouté.

La structure en quatre temps

Presque tous les bons discours que j'ai entendus ont la même architecture. Elle n'est pas originale. C'est justement pour ça qu'elle fonctionne.

Un : une scène. Pas une introduction, pas « je suis très ému d'être là aujourd'hui ». Une scène concrète, datée, située. Un lieu, un moment, une phrase entendue. Vingt secondes. « En 2016, dans une cuisine de colocation à Rennes, à deux heures du matin, Paul m'a dit qu'il avait rencontré quelqu'un. » Vous avez la salle.

Deux : la personne. Ce que cette scène dit d'elle. Une qualité, une seule, illustrée par un fait et pas par un adjectif. « Il est généreux » ne vaut rien. « Il a fait quatre heures de route un mardi pour m'aider à déménager un canapé » vaut tout. Une minute.

Trois : le couple. Ce que vous avez vu changer, ou ce que vous avez vu tenir. C'est le cœur du discours et la partie qu'on rate le plus souvent, parce qu'on parle de la personne qu'on connaît et pas de leur duo. Une minute et demie.

Quatre : l'adresse. Vous vous tournez vers eux, vous leur dites une chose, courte, et vous levez votre verre. Vingt secondes. Vous vous asseyez.

Cette quatrième partie doit être écrite mot pour mot et apprise, même si le reste est improvisé. C'est la seule phrase que les gens retiendront, et c'est aussi celle qu'on massacre quand l'émotion arrive. La même architecture vaut pour une cérémonie laïque, en plus resserré.

Ce qui ne se dit pas

Il y a une liste, elle est courte, et elle n'est pas négociable non plus.

  • Les ex. Aucune allusion, aucune blague, aucun clin d'œil. Jamais. Y compris « bon, on ne parlera pas de Julie ». Vous venez d'en parler.
  • L'argent. Ni le prix de la journée, ni les métiers comparés, ni qui a payé quoi.
  • Les enfants à venir. Vous ne savez pas ce que vous touchez. Personne ne le sait.
  • Les anecdotes de soirée arrosée, sauf si elles sont vraiment drôles et que la personne concernée les raconte elle-même en public d'habitude. La règle du test : est-ce que je la raconterais devant sa grand-mère ? Sa grand-mère est dans la salle.
  • Les private jokes que huit personnes comprennent. Elles isolent les cent vingt autres.
  • La longue liste de remerciements. Trois noms maximum. Au-delà, faites-le par écrit dans le livret ou par message le lendemain.

Un mot sur l'humour. Une blague qui tombe à plat coûte cinq secondes. Une blague qui blesse coûte une relation. Le rapport de risque est mauvais. Deux traits d'esprit dans quatre minutes, c'est suffisant, et le meilleur est presque toujours celui où vous vous moquez de vous-même. Quand la salle contient des gens qui ne se parlent plus, cette liste devient une consigne stricte : voir ici.

Le moment, et pas seulement le texte

Un excellent discours prononcé au mauvais moment devient un discours moyen. Trois principes.

Jamais pendant un service. Ni pendant qu'on dresse, ni pendant qu'on débarrasse. Sylvie me le rappelle à chaque fois : une assiette qui attend en cuisine, c'est une assiette perdue. On parle entre deux plats, pas au milieu d'un.

Jamais après vingt-trois heures. Passé cette heure, une partie de la salle est ailleurs et une autre a beaucoup bu. Les discours vivent entre l'entrée et le plat, ou entre le plat et le dessert.

Jamais sans micro. Même dans une salle de quatre-vingts personnes. Djamel le dit mieux que moi : « Sans micro, les vingt premiers rangs entendent et les autres regardent quelqu'un remuer les lèvres. » Et un micro se teste avant, avec la personne qui parlera, pas à l'instant où elle se lève.

Sur mes mariages, le déroulé minute par minute est dans le Mode Jour J de Célestin, sur mon téléphone : quand le service prend vingt minutes de retard (il en prend toujours), je décale le bloc discours et tout ce qui suit se recale, sans que j'aie à recalculer six horaires de tête au fond d'une salle. La différence avec une feuille imprimée n'est pas le confort. C'est que sur la feuille imprimée, personne ne recalcule, et l'ouverture de bal glisse à minuit vingt sans que quiconque l'ait décidé.

Ce qu'on fait avec son corps

Le texte, c'est la moitié. Voici l'autre moitié, et elle s'apprend en dix minutes.

Levez-vous. Un discours assis ne porte pas. Tenez-vous à côté de votre chaise, pas derrière une table.

Regardez trois points dans la salle (à gauche, au centre, à droite) et alternez lentement. Pas vos notes, pas les mariés en continu. Trois points.

Tenez votre feuille à deux mains, à hauteur de poitrine. Une feuille tenue d'une main tremble et tout le monde le voit ; à deux mains, elle ne tremble plus. C'est mécanique.

Parlez plus lentement que vous ne le croyez nécessaire. Le trac accélère le débit d'un tiers. Marion, qui photographie des mariages depuis vingt ans et a donc entendu plus de discours que moi, repère les bons à un seul signe : ils font des silences.

Et à la fin, levez votre verre. C'est le signal que la salle attend pour applaudir. Sans ce geste, il y a toujours trois secondes de flottement où plus personne ne sait si c'est fini.

Une chose à faire ce soir

Écrivez la scène d'ouverture. Une seule. Cinquante mots, un lieu, une date, une phrase entendue.

Si vous avez ça, vous avez votre discours. Le reste se déroule tout seul, et vous n'aurez plus qu'à le chronométrer. Et si vous demandez ce texte à quelqu'un, donnez-lui la durée et le moment avec la demande : c'est déjà la moitié du briefing des témoins.

Enfin, faites figurer votre prise de parole dans le déroulé, à l'heure exacte, comme n'importe quel autre moment de la journée. C'est ce que fait le Mode Jour J de Célestin, et c'est tout ce qu'il y a à en dire.

À télécharger

  • Le brief des témoins, une page

    La page unique à remettre à chaque témoin : son rôle, ses horaires, ses trois numéros, et ce qu'il fait si ça déraille.

À propos de l'auteur

Evelyne Marchand

Voix éditoriale, wedding planner

Wedding planner depuis 1996, un peu plus de six cents mariages. Elle a commencé avec un agenda papier et un téléphone fixe. Elle écrit ici sur ce que l'organisation d'un mariage demande vraiment : les arbitrages, les délais, les familles, et ce qu'il faut prévoir quand le plan A tombe.

Note de la rédaction : Note de la rédaction : Evelyne Marchand est la voix éditoriale de Célestin : wedding planner de métier, elle raconte des cas composites, prénoms et détails modifiés.

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