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Couple & familleCélestin8 min de lecture
En noir et blanc, un couple de mariés enlacé, le bouquet à la main
Crédit : Kaplan Art / Pexels
Couple & famille

Se répartir les rôles du mariage à deux sans se disputer

Quarante minutes de route entre un domaine visité et leur appartement, et pas un mot. Manon regardait par la fenêtre, Yanis conduisait. J'étais à l'arrière, et j'ai laissé filer le silence jusqu'au premier rond-point.

Par Evelyne Marchand8 min de lectureGuide de fond

Puis j'ai posé la question qui règle, à mon avis, la moitié des disputes de mariage. « Yanis, si je vous demande combien il reste à payer sur le lieu, vous savez ? »

Il ne savait pas. Manon, elle, connaissait le chiffre à l'euro près, la date d'échéance et le nom de la personne à qui envoyer le virement. Elle n'a rien dit. Elle a juste eu un petit mouvement d'épaules que je connais bien.

Yanis n'était pas un mauvais fiancé. Il faisait des choses : il avait appelé trois DJ, il s'occupait du vin, il avait construit une arche. Il faisait des tâches. Manon portait le projet. Ce n'est pas la même chose, et c'est là que ça casse.

Ce qui se répartit mal, ce ne sont pas les tâches

Toute tâche d'un mariage comporte trois couches, et on n'en voit qu'une.

La couche visible : appeler le fleuriste. Trente minutes.

La couche invisible : savoir qu'il faut l'appeler, se souvenir de la question précise à poser, connaître le budget disponible, avoir en tête que le devis du traiteur arrive la même semaine et que les deux se répondent. Une heure de charge, étalée sur trois semaines, en arrière-plan de la vie.

La couche émotionnelle : porter le fait que si personne n'appelle, ce sera raté, et que ce sera notre faute. Celle-là ne se mesure pas et ne s'arrête jamais.

Quand un couple se répartit uniquement la première couche, l'un des deux garde les deux autres. Il devient le chef de projet, et l'autre devient l'exécutant. L'exécutant a l'impression d'aider beaucoup. Le chef de projet a l'impression d'être seul. Les deux ont raison, et c'est ce qui rend la dispute impossible à gagner. C'est aussi de là que part Rester un couple pendant l'organisation.

La méthode des domaines : la seule qui tienne douze mois

J'ai essayé les listes de tâches partagées pendant des années. Ça ne marche pas : celui qui a écrit la liste reste le propriétaire de la liste.

Ce que je fais faire maintenant, c'est un partage par domaines entiers. Pas des tâches : des territoires, avec le pouvoir de décision qui va avec.

Un domaine, c'est par exemple « la musique et la soirée ». Celui qui le prend recherche les prestataires, prend les rendez-vous, négocie, tient le budget de son domaine, relance, décide. Il rend compte à l'autre. Il ne lui demande pas la permission. C'est ce dernier point qui change tout : sans autonomie réelle, on n'a pas partagé la charge, on a délégué de la main-d'œuvre.

Voici comment je découpe, en général.

DomaineCe qu'il contient vraiment
Lieu et logistiqueVisites, contrat, plan pluie, parking, hébergements, navettes
TableTraiteur, dégustation, boissons, gâteau, régimes alimentaires
ImagePhotographe, vidéaste, décoration, fleurs, papeterie
Son et fêteDJ ou groupe, playlist, animations, ouverture de bal
CérémonieMairie, officiante, textes, intervenants, musiques
InvitésListe, faire-part, relances RSVP, plan de table
ArgentSuivi global, échéances, virements, relances de devis

Sept domaines. On les répartit à trois ou quatre chacun, en fonction des envies et du temps disponible de chacun, pas en fonction de qui est « le plus organisé », ce qui est le raisonnement qui a créé le déséquilibre au départ.

Deux règles pour que ça tienne. La première : le domaine « Argent » ne se partage pas, il se regarde à deux, une fois par mois, ensemble. La seconde : celui qui possède un domaine a le dernier mot dessus. Vraiment. Y compris quand l'autre aurait choisi autre chose.

Les quatre disputes que je vois revenir

« Tu ne t'intéresses pas. » Le plus souvent faux, et le plus souvent mérité quand même. La personne s'intéresse, mais elle attend qu'on lui dise quoi faire, ce qui revient à demander à l'autre de faire le travail deux fois.

« Tu décides tout sans moi. » L'autre versant. Celui qui porte le projet finit par trancher seul, par fatigue, puis on lui reproche de trancher seul. Le remède est le même : des domaines, pas des tâches.

« Ce n'est pas grave, ce détail. » Cette phrase a fait plus de dégâts dans mes rendez-vous que tous les dépassements de budget réunis. Un détail n'est jamais un détail pour celui qui le porte depuis trois semaines. La bonne formulation, c'est « explique-moi pourquoi c'est important pour toi », et on est souvent surpris de la réponse.

« Ta mère. » Celle-là mérite un article entier, et elle l'aura. La règle de survie tient en une ligne : chacun gère sa propre famille. Toujours. Sans exception. On ne demande jamais à son conjoint de dire non à sa propre mère.

Ces quatre-là montent d'un cran quand la fatigue s'installe, sujet de Le stress d'avant.

Le rendez-vous du dimanche, quarante minutes

C'est le seul rituel que j'impose vraiment. Un créneau fixe, une fois par semaine, jamais plus de quarante minutes, avec une règle : en dehors de ce créneau, on ne parle pas mariage.

Marion, la photographe avec qui je travaille depuis vingt ans, lève les yeux au ciel : « Tes couples arrivent le jour J avec un planning dans la tête. Les miens improvisent et rient beaucoup plus. » Elle voit une journée, je vois douze mois. Ce rendez-vous ne sert pas à contrôler la fête, il sert à laisser de la place pour rire le reste de la semaine.

Cette règle paraît absurde et elle est vitale. Sans elle, le mariage s'infiltre dans le dîner, dans la voiture, dans le lit, dans les vacances. Manon et Yanis parlaient mariage sept jours sur sept, en petits bouts, jamais en entier. Ils avaient l'impression de ne parler que de ça et de n'avancer sur rien. Les deux étaient vrais.

Le rendez-vous se déroule dans cet ordre : ce qui a avancé, ce qui est bloqué, ce qu'on décide aujourd'hui, ce que chacun prend pour la semaine suivante. Et on ferme. La dernière semaine, il se réduit à presque rien : c'est le sujet de La semaine avant le mariage : sept jours, sept gestes.

Pour que ce rendez-vous fonctionne, il faut que les deux arrivent avec la même information. C'est bête, mais c'est là que la plupart échouent : l'un a les devis dans sa boîte mail, l'autre a les notes dans son téléphone, et la moitié du rendez-vous passe à se raconter ce qu'on sait déjà. Chez mes couples, tout est dans Célestin (les devis, les statuts, le reste à payer, les tâches de chacun), et les quarante minutes servent enfin à décider au lieu de se mettre à jour. Un tableur partagé donne la même information à deux personnes ; il ne dit pas qui doit faire quoi, ni ce qui a bougé depuis dimanche dernier.

Une question à vous poser ce soir

Pas « est-ce qu'on se répartit bien les tâches ». Celle-ci : « si tu disparaissais deux semaines, qu'est-ce qui s'arrêterait complètement ? »

Répondez chacun votre tour, à voix haute. La longueur des deux réponses vous dira tout ce qu'il y a à savoir. Si l'une des deux listes est trois fois plus longue que l'autre, vous n'avez pas un problème d'organisation. Vous avez un déséquilibre, et vous avez encore le temps de le corriger. Ce déséquilibre figure en bonne place parmi les choses que les couples regrettent après coup : Regrets après le mariage.

Manon et Yanis se sont mariés au Domaine des Bruyères en mai. Yanis avait pris quatre domaines, dont l'intégralité des invités et du plan de table. Il m'a envoyé un message trois jours avant : « je comprends enfin pourquoi elle était fatiguée. »

Si vous voulez que chacun voie ses propres tâches sans avoir à demander à l'autre, c'est exactement ce que Célestin organise. Mais le rendez-vous du dimanche, lui, ne s'installe dans aucun outil. Il s'installe dans un agenda, et il se tient.

À propos de l'auteur

Evelyne Marchand

Voix éditoriale, wedding planner

Wedding planner depuis 1996, un peu plus de six cents mariages. Elle a commencé avec un agenda papier et un téléphone fixe. Elle écrit ici sur ce que l'organisation d'un mariage demande vraiment : les arbitrages, les délais, les familles, et ce qu'il faut prévoir quand le plan A tombe.

Note de la rédaction : Note de la rédaction : Evelyne Marchand est la voix éditoriale de Célestin : wedding planner de métier, elle raconte des cas composites, prénoms et détails modifiés.